Strasbourg OTAN revue de presse (2)
Strasbourg : une ville morte et des heurts si prévisibles
dimanche 05.04.2009, 04:50 - La Voix du Nord
La manifestation des anti-OTAN a été entachée par un épisode particulièrement violent à Strasbourg, tandis que côté allemand, les opposants ont pu défiler dans le calme.
Dès le matin, le pont de l'Europe, qui relie Kehl à Strasbourg, s'est transformé en lieu de tension et de frictions. La police allemande laissant passer au compte-gouttes les manifestants. Gaz lacrymogène, grenades assourdissantes devenant des rituels pénibles. Mais voilà, la frange anarchiste des contestataires était définitivement là pour en découdre.
Cagoulés et armés de barres de fer, une centaine de militants Black Blocks - proche des autonomes allemands des années 1980 - ont pillé, ravagé et incendié un poste de douane inoccupé, un hôtel Ibis, une chapelle, une pharmacie, ainsi que les bâtiments vides de l'office du tourisme à proximité de la frontière, Une station-service a également été vandalisée. Les forces de l'ordre ont chargé et repoussé ces manifestants à l'aide de canons à eau et de gaz lacrymogène.
Selon les estimations de la police et des organisateurs, on dénombrait entre 10 et 20 blessés légers parmi les policiers et les émeutiers. Les « vrais » manifestants, entre 10 000 et 30 0000, ont préféré se dissocier de ces violences et ont raccourci leur parcours en accord avec les autorités.
Pourtant, à un bon kilomètre du Palais de la musique et des congrès où étaient réunis les Otaniens, la matinée avait commencé dans le calme : une centaine de manifestants et de banderoles « No to NATO » bloquaient les rails du tramway au carrefour entre les avenues de la Paix et des Vosges. Ce sit-in pacifique, complété par des clowns anti-OTAN et cerné par un paquet de gendarmes mobiles, était alors l'un des rares signes de la contestation en ville. Comme la veille, le trafic des bus et des tramways avait été interrompu. Et l'autoroute A35 fermée. Les rues de la capitale alsacienne étaient vides, bouclées par des forces de l'ordre aux aguets comme dans un jeu vidéo guerrier.
L'objectif de cette démesure sécuritaire, norme des sommets de l'OTAN, était à deux détentes : éviter les débordements en centre-ville, mais aussi empêcher un maximum de contestataires de rejoindre le lieu de la manifestation, aux abords du jardin des Deux-Rives au sud-est de Strasbourg. Une stratégie qui aura échoué pour les débordements violents mais réussi pour les 7 000 manifestants confinés par la police sur la rive allemande à Kehl. Ces derniers appartenant aux milieux pacifistes ont passé une partie de l'après-midi assis sur le bitume face au pont de l'Europe, observant l'épaisse fumée noire qui se dégageait de l'autre côté du pont après avoir manifesté le matin dans une ambiance bon enfant.
À l'issue du sommet, Nicolas Sarkozy a usé d'un euphémisme pour conclure une semaine d'état de siège à Strasbourg : « Merci aux habitants d'avoir supporté les gênes. »